Comme l'histoire d'un film (4 et fin)
Voici enfin la fin de cette longue épopée. Vous pouvez lire la partie un, la deux, et la trois.
(écris dans la nuit du jeudi 18 octobre 2007)
Pendant les semaines qui ont suivi, je restais seul chez moi. Je ne voulais pas sortir. Un peu comme si j’avais décidé de me faire prisonnier. Je n’avais eu aucun contact avec ma Montréalaise depuis notre rencontre à l’aéroport. Par contre, j’étais toujours en ligne à chatter avec ma Française. Cette séparation me faisait mal. La distance était difficile. Je la voulais près de moi, pour toujours. Sa copine était revenue d’Australie. Ce retour fut pénible pour ma Française. Elle avait trouvé difficile de lui raconter toute cette histoire. D'ailleurs, ça lui avait pris deux semaines pour lui annoncer. Deux semaines, pendant lesquelles, elles avaient fait l’amour. Moi j’étais abattu. Je ne savais trop quoi penser. Mais l’amour étant ce qu’il est, j’étais prêt à tout lui pardonner.
Cette relation internet et téléphonique nous a coûté cher et a duré plus de trois mois. J’en avais assez. Je voulais aller la rejoindre, mais je venais de décrocher un nouveau contrat ici. C’est à ce moment qu’elle m’a pris par surprise. Elle voulait déménager à Montréal et venir vivre avec moi. Étant solitaire, j’aurais remis cette situation en contexte, mais c’est exactement ce que je voulais entendre.
Durant les deux mois qui ont suivi, je me suis mis à préparer mon appartement pour son arrivée. Elle, de son côté, s’affairait à préparer ses papiers de demande d’immigration. Nous avions convenu de nous marier afin de faciliter la transition. Je sais que le mariage est une grosse aventure, mais j’en avais réellement envie. J’avais envie qu’elle devienne ma femme. Je voulais qu’elle devienne ma Montréalaise.
Tout était prêt. La ‘cérémonie’ au palais de justice. La place dans mes tiroirs. Notre party pour la présenter à mes amis. Il ne manquait plus qu’elle. Dans deux jours, elle serait avec moi, dans mes bras, dans mon lit, dans ma vie.
Comme à l’habitude, nous nous parlions au téléphone au moins une fois par jour. Mais cette journée fut différente. C’était la dernière, pour elle, en sol français. Je crois que nous nous sommes parlé au moins dix fois. Je l’appelais pour un rien et elle faisait de même. Nous étions anxieux et heureux à la fois. Ça faisait tout de même plus de cinq mois que nous n’avions eu la chance de nous toucher, de nous embrasser.
Je devais passer la prendre à l’aéroport vers 18h. J’étais prêt depuis 8h. Mon plan était au point. Comme c’était son premier voyage au Québec, j’avais prévu aller la prendre et l’emmener souper au resto. Ensuite, petite balade en voiture, question de lui faire voir les beautés de la ville et ensuite, soyons quétaine, une petite virée sur le belvédère du Mont-Royal.
Avant de partir pour l’aéroport, je l’appelle une dernière fois afin de m’assurer que tout était parfait.
- J’ai hâte de te voir.
- Oui moi aussi.
- Tu devrais arriver à Montréal pour quelle heure, m’as-tu dit?
- Environ vers 18h30.
- J’ai tellement hâte de te serrer dans mes bras.
- Tu en auras l’occasion, mais il faut que je te laisse, je suis au volant et il y a beaucoup de circulation.
- OK, je te laisse. A tout de suite, mon amour.
- Salut mon prince.
Il était 11h. Je suis parti aussitôt de la maison, car je ne tenais plus en place. J’allais revoir ma Française. L’embrasser. La marier. Elle allait devenir ma femme, ma confidente, mon amie, ma maîtresse et, je l’espère, la mère de nos enfants. Je me suis arrêté manger une bouchée au Pistou déjeuner et ensuite suis aller prendre un café avec mon bouquin.
Il était, maintenant, 17h. J’étais en direction de l’aéroport. La longue attente allait bientôt être récompensée. Vers 18h, je me suis dirigé vers le quai de débarquement du vol de ma Française.
18h15 L’avion se posait.
18h30 Je voyais les premiers passagers arriver à la douane.
18h50 Elle n’était toujours pas apparue dans mon champ de vision. Je me suis donc dirigé vers la porte de sortie. Rien.
Je ne comprenais rien. J’ai cherché à savoir si elle avait été retenue par les douaniers. Rien. Je me suis ensuite dirigé vers le comptoir d’Air France. Après vérification, elle n’avait même pas embarqué dans l’avion. Je saute sur le premier téléphone que je croise, insère ma carte de crédit et appelle son cellulaire. Une voix répond. Une voix féminine, mais pas ma Française.
- Qui est à l’appareil? Que je demande, ne comprenant absolument rien.
- Ce serait plutôt à moi de demander?
- C’est Carl-Alexandre, je veux parler avec Amélie.
- Et vous êtes?
- C’est quoi toutes ces questions? Passez-la-moi tout de suite.
- J’ai besoin de savoir qui vous êtes avant.
- Je suis son futur mari, est-ce assez d’information pour lui parler maintenant?
- C’est vous qu’elle allait rejoindre au Canada?
- Oui, pourquoi toutes ces questions?
- Votre amie est, ..., je suis désolé de vous l’apprendre de cette façon. Elle a eu un accident de voiture.
- Quoi?
- Elle a eu un accident de voiture.
- Oui, j’avais compris. Comment va-t-elle?
- Elle est, ..., décédée.
- Quoi?
- Elle n’a pas survécu à l’accident.
- C’est arrivé quand?
- Probablement lors de son trajet vers Charles-De-Gaulle. Il devait être environ 11h ce matin.
- C’est impossible, je lui ai parlé vers cette heure.
- Je ne sais pas quoi vous dire.
Moi non plus je ne savais plus quoi dire. J’ai raccroché le combiné et me suis littéralement effondré en larme. Ma vie venait de se terminer. Mon coin de pays n’avait plus aucun sens sans elle. Je n’arrivais pas à le croire. Je n’existais plus.
Pour le restant de ma vie, je l’ai gardé près de moi. Tout ce que j’ai fait, je l’ai fait pour elle. J’avais décidé de continuer malgré les difficultés.
... Je me dis que c’est ce qu’elle veut.
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2 chat(s) ont écrit:
Excellente ton histoire Le Chat.
Poignante à souhait avec son lot de tragédie, mais l'histoire d'amour est mignone comme tout. Surtout la fin:
J’avais décidé de continuer malgré les difficultés.
... Je me dis que c’est ce qu’elle veut.
Très bon! On passe par différentes émotions tout au long de la lecture! Fin tristounette :(
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