vendredi 19 octobre 2007

Comme l'histoire d'un film (3)

Le croiriez-vous si je vous dit que j'ai enfin terminé cette histoire? Moi non plus, je ne me croirais pas. C'est pourtant vrai! Par contre, comme j'aime jouer avec le feu, je ne vous poste que la troisième partie. la suite (qui est déjà terminée, je vous le jure) vous sera posté samedi ou dimanche. En attendant vous pouvez aller lire (ou relire, depuis le temps!) la partie 1 et la partie 2.

(écris dans la nuit du jeudi 18 octobre 2007)

Je vous entends, comment ça sa sœur?’. C’est une image simplement pour expliquer le fait que j’avais l’impression que nous nous étions toujours connus. Cette nuit-là, fut une nuit sans pareille. Tout se passait comme dans un film bien écrit. Nous avons fait l’amour comme toute relation devrait se passer. Nous savions où mettre les mains, où caresser, où toucher, où embrasser. Nous n’avions même pas senti le besoin de se parler pour donner des indications, tout coulait de source.

Le lendemain matin, nous nous sommes réveillés ensemble. Bien sûr, nous avions passé la nuit ensemble à faire l’amour. C’était bien et bon. Pour elle c’était sa première fois avec un homme et moi, bien, c’était aussi comme une première. Une première fois où je me suis senti vrai. Tout était naturel, trop. Son sourire matinal, était très enchanteur et doux. Je me sentais vraiment dans mon élément. À aucun moment, de cette sensuelle nuit, je n’ai pensé à ma montréalaise. Je me suis senti, en ce matin ensoleillé, un peu mal.

- Qu’est-ce qu’on fait, me demande-t-elle?

- Je ne sais honnêtement pas.

- Peut-être que ce serait mieux de s’en tenir à ça?

- Ouais, peut-être. Mais en même temps je ne pense pas en être capable.

- Non, moi non plus.

Nous nous sommes préparés pour aller à notre répétition. Nous avions convenu que nous n’arrivions pas ensemble afin de ne pas éveiller les soupçons. Elle a donc fait un détour par la boulangerie du coin afin de nous prendre de ces croissants que seuls les Français savent si bien préparés.

Pendant les trois semaines qui ont suivi, nous avons tenu le tout secret. Auprès de nos collègues, mais aussi, auprès de nos copines respectives. Mais le monde n’est pas fou. Ils savaient bien qu’il se tramait quelque chose. Mes conversations avec ma Montréalaise se faisaient de moins en moins fréquentes et longues. Je trouvais toujours une raison, non valable, afin de couper court et allez me retrouver dans les bras de ma Française. Nos nuits étaient de plus en plus chaudes et agréables. Rien n’allait pour le mieux. Je veux dire par là que, rien ne laissait présager un moment où nous devrions nous laisser. Pourtant, il le fallait. Mon contrat tirait déjà à sa fin et il fallait que je prépare mon retour en terre québécoise. J’anticipais très mal ce départ, mais c’était plutôt, mon arrivée qui me faisait craindre le pire. Comment expliquer cette situation? Devais-je la garder pour moi et tout cacher? Où encore tout lui raconter, au risque de la perdre?

La première du spectacle c’était très bien passé. La critique nous avait quelque peu louangées. Les spectateurs étaient tous très heureux de cette production et, surtout, le directeur artistique était fier de dire que c’était lui qui m’avait découvert et qu’il ne se gênerait pas pour refaire appel à mes services pour d’autres mises en scène. Moi j’étais heureux et au septième ciel. Ma première incursion en sol français avait été un succès. Bien sûr ce n’était pas la Comédie Française, mais le petit théâtre de Nice n’était pas à prendre à la légère. Ce soir nous avions, donc plusieurs raisons de fêter.

Cette soirée avait lieu dans la salle de répétition qui avait vu notre travail évolué pendant les trois derniers mois. L’alcool coulait à flot et la musique était bonne. Tout le monde semblait s’amuser. En fait, je pensais que tout le monde avait du plaisir, car ma petite Française avait un peu la mine basse. Je décide donc de m’approcher d’elle et de lui demander ce qui n’allait pas.

- Tu pars dans deux jours!

- Oui je sais, mais c’était prévu depuis longtemps et tu le savais.

- Oui, mais je ne pensais pas trouver ça aussi difficile.

- Et tu crois que c’est plus facile pour moi?

- Non, mais, toi tu vas retrouver ta copine à Montréal et moi je vais rester seule ici sans toi.

- Je t’écrirai très souvent. Aussi souvent que je le pourrai.

- Je t’aime.

- ...

- Je suis désolé, mais je ne peux pas m’en empêcher.

- ...

- Je ne sais quoi dire.

- Tu n’as pas besoin d’ajouter quoique ce soit, je sais que ce n’est pas réciproque.

- Tu penses?

- Ben...

- Sache que pour moi ce mot est lourd de sens et je ne l’ai jamais dit à personne, mais j’ai vraiment l’impression que c’est ce que je vis avec toi. Moi aussi je t’aime.

- ...

- C’est à ton tour de ne rien dire.

En effet, elle était bouche bée, mais pas assez pour s’empêcher de m’embrasser. Devant tout le monde. Tout ce monde qui, comme dans un film, au même moment où la musique s’est arrêtée, nous regardait. Dans un autre contexte, je l’aurais repoussé et j’aurais joué la comédie afin de faire semblant, que c’est une blague, mais j’en avais envie. J’en avais assez de me cacher, de nous cacher.

Bien sûr, nous avons eu droit à tous les commentaires possibles : ‘mais vous avez une copine’, ‘depuis combien de temps ça dure?’ et le fameux ‘Mais elle est lesbienne!’. Normalement, nous aurions essayé d’expliquer. Tout ce que nous avons trouvé à répondre était de s’embrasser de nouveau. Cette fin de soirée, et de contrat, fut particulière.

À mon retour à Montréal, elle était là. Sur le quai à me saluer. Elle semblait heureuse de me retrouver. Je l’étais aussi, et ce, même si tout le long du voyage, je n’ai pensé qu’à ma Française. Nous nous sommes enlacés, mais cette étreinte était plutôt froide. De ma part du moins. Elle s’en est rendu compte.

- Tu as rencontré quelqu’un?

- Oui, je suis désolé.

- Je le savais.

- Je suis sincèrement désolé. C’est chose là ne se commande pas.

- Ne me répond pas ça, c’est chien. Tu avais tout le temps de m’en avertir.

- Je ne sais pas quoi dire. Je sais que je suis un salaud.

- T’es pas un salaud, t’es un con.

- Si tu veux.

- Non je ne le veux pas, c’est ce que tu es. Moi je t’aime.

- Mais moi aussi j’ai de l’affection pour toi.

- Fourres toi là dans le cul ton affection. J’en veux pas.

Et sur ces belles paroles, elle est partie. Je suis resté là, comme un pauvre con. Je savais que j’avais fait une erreur, mais il était trop tard. Il fallait vivre avec les conséquences. La conséquence de l’avoir blessé, tué même.

À suivre...
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